Dimanche 30 novembre 2008
Cinq longues années. Cinq ans que le trauma Raffarin est passé. Souvenez-vous des gigantesques manifestations qui pendant plus de deux mois ponctuèrent le quotidien
de l’éducation nationale en 2003. Deux mois de grèves souvent continues, intense et inventives dans leur démonstration. À l’époque, alors que tout le monde pronostiquait un recul du gouvernement
il n’en fut rien. Utilisé comme fusible, Raffarin ne craignant pas les suffrages directs car n’étant pas concerné continuait ses réformes à coup de phrases mythiques du genre « ce n’est pas la
rue qui gouverne » ou encore « la route est droite mais la pente est dure ». Sans être réellement soutenu par les Français, il s’attaquait alors à la décentralisation des personnels
d’administration et de services des lycées et collèges sans pour autant allouer plus de crédits aux régions ou autres départements, limitait les postes concours à s’attaquait (déjà aux STAPS).
Enfin il lançait la réforme de retraite ou la CFDT brisait le front syndical (quitte à la regretter par la suite).
Inébranlable, assumant la haine qu’il inspirait chez les enseignants, Ferry le réactionnaire démagogue se déplaçait d’universités en universités, de lycées en lycées sous les huées, sous le
catapultage de son livre « à ceux qui aiment l’école », parfois plus propres à le conforter dans sa suffisance et son ignorance du monde enseignant, qui tenait parfois plus à la détestation
quasi-psychanalytique. Un mois de salaire en moins, tous les systèmes de luttes mis en place, manifestations monstres, blocages des universités, grèves administratives en primaire, rien n’y
faisait, rien ne lâchait. Au final, on obtenait : une gauche inaudible, un front syndical divisé, des fonctionnaires déboussolés et des jeunes désabusés. Oui la droite, restait la droite.
Les années qui suivirent tenait à la fois du ras-le-bol mais aussi de l’impression qu’il était impossible de changer le cours des choses, la phrase « un mois de grève pour rien » restait en
travers des gorges ».
2004 et 2005 furent des années mortes, ponctuées de quelques grèves sans vigueur contre les lois Fillon, de mouvements sociaux parsemés et d’une gauche qui après les victoires aux régionales et
européennes devait s’entre-tuer autour du traité constitutionnel. Gagnant-Perdant, l’expression de Cantat me revient en tête, en parti gagnantes dans les urnes, enfin elle pensait l’être, les
gauches étaient en effet profondément divisées et perdantes sur le fond, l’unité et la communication, elles n’allaient pas pouvoir de relever seules.
Le salut vint en partie de la jeunesse et du monde ouvrier. La première, majoritairement étudiante au début, lançait la charge sur les baisses des postes aux concours et les réformes dans
l’éducation. Puis vinrent les trois lettres magiques qui comme le CIP de Balladur allaient ressouder tout le monde. Non De Villepin n’était pas Raffarin, fils prodige de Chirac il était à la tête
d’un gouvernement divisé en trois camps distincts, Sarkozystes, Chiraquiens et Centristes en mal de gouvernance. De plus la fin calamiteuse du mandat d’un Chirac vieillissant, le décalage avec
une jeunesse en recherche de victoire allait créer la sauce magique. Oui, le CPE fut une victoire qui a permis de remettre la gauche au premier plan, de faire émerger de nouvelles têtes, de faire
prendre conscience de la force d’une mobilisation et de mettre en confiance les syndicats qui sous une banderole commune défilaient en ordre de marche. Le seul souci, c’est qu’en ruinant les
chances présidentielles de De Villepin on ouvrait grand le boulevard pour Sarkozy. Elu par les militants de son parti à 96% (même Pol Pot ne faisait pas mieux) il se lançait adroitement de la
course au palais en usant encore de sa popularité au ministère de l’intérieur, on connaît la suite, une enfilade de gaffes, de propositions incomprises lorsqu’elles n’étaient pas tout
simplement pires que celles avancées par la droite, le parti socialiste silencieux derrière Royal n’avait su proposer une alternative crédible, ce manque de gauche, de toute la gauche permit à
Sarkozy de l’emporter haut la main et de bénéficier d’un véritable état de grâce pendant assez de mois pour pouvoir passer s’en encombre une rentrée sociale annoncée comme « chaude » dans les
médias.
Conforter par la récente victoire contre le CPE, certains leaders étudiants crurent possible de lancer un mouvement victorieux contre la LRU. Plusieurs éléments (il faut croire que j’avais
raison) me faisaient douter de cette issue. 1- La côte du président à l’époque était tellement haute qu’à aucun moment nous n’aurions pu renverser la tendance en notre faveur. 2 - L’opposition
trop molle et de nouveau divisée ne pouvait nous servir de relais dans les assemblées et les médias. 3 - L’UNEF premier syndicat étudiant et seule force reconnue (malheureusement…) par la presse
avait fait de la merde en août. 4 - Une réforme universitaire est quasiment inexplicable pour le commun des mortels dont les étudiants font partie. 5 - Pécresse arguait des promesses de campagne
de Sarkozy et du devoir de les appliquer, proposait directement le plan licence rendant incompréhensibles certaines de nos revendications. 6 - La presse était à la botte du président. 7- Le
gouvernement était soudé autour de ses ministres. 8 - Les présidents d’université, accrochés à leur pouvoir faisaient bloc en faveur de la Loi. 9 – Nous avons adopté rapidement une attitude de
repli sur nous n’arrivant pas à suivre les lycéens une fois le mouvement lancé. 10 et non des moindres, nous n’avons pas eu le soutien du corps professoral…
Sur Poitiers comme dans de nombreuses villes de France, la mobilisation fut pourtant forte avec des actions de blocages des voies routières, des tentatives ratées à la gare mais surtout deux UFR
bloqués pendant près d’un mois et un nombre significatifs d’AG où le nombre des participants était important et le vote démocratique (seul à mon goût le débat était stérile car s’agissant d’un
échange régulier entre les mêmes personnes… dont ma pomme). Bref sur le fond, il fallait nous donner majoritairement raison, sur la forme et c’est la position que je défendais à l’époque, nous
courions à notre propre défaite. La reprise en douceur, accompagnée médiatiquement de deux initiatives du ministère (plan licence et plan campus) à démontrée s’il en était, le peu d’intérêt que
nos concitoyens portaient à nos revendications, pire, ils pensaient que nous avions obtenu satisfaction, bref on a raté notre coup.
Sur la fin de l’année scolaire 2007-2008, alors même que Sarkozy se trouvait malmené dans les sondages (reprise du chômage, maladresses verbales et absence de concertation…) les lycéens revinrent
cette fois seuls sur le devant de la scène, de manière peut être éphémère mais très significative. Un mouvement très court mais très fort, qui sur Poitiers fut durement réprimé formant ainsi une
nouvelle génération de militants qui je le pense feront leurs armes à l’université.
Aujourd’hui ou en sommes-nous ?
Le chômage augmente, Sarkozy navigue seul, sa politique est impopulaire et ses plans de sorties de crise mal vus des Français. La crise sensibilise les Français aux questions sociales et le
pouvoir d’achat, sur le devant de la scène depuis longtemps désormais est aujourd’hui rejoint par des problématiques strictement politiques de gestion des économies nationales. Les ouvriers sont
en rogne, les intérimaires deviennent chômeurs, les chômeurs le restent, les milieux universitaires sont en ébullition, les maternelles et les primaires déjà dans la rue, les RASED mobilisent,
les lycées attendent le coup de sifflet de leurs profs…Darcos certes colosse se retrouve petit à petit son un piédestal en argile car les enseignants poussés à bout retrouvent de leur vigueur et
le droit de grève rentre de nouveau dans les salles des profs.
Une fois les fêtes passées je pense que le moment sera venu pour lancer le combat. Utilisons d’ores et déjà notre temps à mûrir un mouvement nécessaire, à clarifier nos revendications, à
raccrocher à nous d’autres luttes et à fédérer les contestations du moment. Sortez de la paille…
Il s’agit d’une intuition certes mais j’ai l’impression que le vent bouge.
vos impressions